réfléxions, les liens.
" Mes propres phrases passées me choquent. C'est un des avantages, ou l'un des inconvénients, qu'il y a à beaucoup écrire. Ici, à des milliers de kilomètres de distance de chez moi et de tout ce qui m'y rattache, seule pour ainsi dire dans une vaste et merveilleuse nouvelle aventure, le recul que je peux prendre vis à vis des événements passés ressemble presque à un gouffre. J'ai la sensation que c'est une autre qui, il y a quelque temps, écrivait les phrases que j'écrivais à son propos.
Prendre conscience qu'un lien s'est brisé c'est une épreuve. Et la blessure est douloureuse. Pourtant, si loin, il me semble presque avoir cicatrisé. Je n'ai plus les illusions que j'avais alors; je ne me pose plus sans cesse ces mêmes et obsédantes questions... J'ai réussi, et peut-être malgré moi, à ne voir d'elle que la vérité des instants où elle est présente. Elle ne me hante plus.
J'ai fait seule ce chemin. Refermer pour toujours la place qu'elle occupait en moi m'a demandé du temps, des larmes, des doutes... Et, comme un membre amputé peut manquer à un homme, l'absence du lien provoque encore chez moi comme des démangeaisons terribles, ces fourmillements dans mon coeur, cette peur indicible de la solitude qu'elle avait déchiré.
Oui, je l'aimais. Et je l'aime encore, malgré tout, mais non plus comme on aime un souvenir. Je l'aime lorsqu'elle est là, présente, à parler de tout et de rien avec moi, comme autrefois. Mais je n'ai plus ni crainte, ni souci, ni regrets ni interrogation lorsqu'elle s'éloigne, lorsqu'elle m'oublie pour quelques temps.
Je pense à elle encore. Parfois. Mais il existe des jours où je l'oublie.
Et pire que tout, sans doute, elle ne me manque pas plus qu'un autre. Elle m'a manqué longtemps à une époque. Son absence m'est devenue supportable.
Comment en est-on arrivé là ? A force d'indifférence et d'aveuglement. Les ruines sont devenues un fragile pont de bois qu'elle n'ose pas franchir. Un coeur qui donne trop sans jamais rien recevoir, ou en recevant si peu en retour, se lasse, s'épuise. C'est la lassitude qui a rongé mes dernières forces. cela et la peur d'avancer droit dans un mur, encore une fois.
J'ai réalisé que, quelque part, je lui en avais trop demandé, trop dit, trop offert... Il y a des mots qu'il valait mieux garder pour moi. D'un autre côté, les avoir dit m'a comme exorcisé.
J'ai choisi. Et la distance est un pansement étanche. Je ne la perd pas, elle reste dans ma vie. J'ai juste mis de côté mes illusions et me suis résolue à ne plus jamais attendre d'elle plus que ce qu'elle voudra bien me donner. "
je t'embrasse fort, et tu manques à notre vieille métropole, reviens nous vite
SmoOz